Actions européennes : conflit, énergie et gagnants et perdants de l'IA

Niall Gallagher analyse le marché des actions européennes depuis le début de l'année, incluant les implications du conflit au Moyen-Orient ainsi que le thème des gagnants et des perdants de l'IA.
01 avril 2026 5 minutes

L'année 2026 a été très mouvementée jusqu'à présent ; je vais donc exposer notre réflexion sur les événements survenus depuis le début de l'année, les modifications que nous avons apportées aux fonds et les raisons de ces changements. Nous avons effectué quelques mouvements de titres significatifs, dont certains ont eu lieu en janvier, et conformément à ma note de janvier, j'avais promis de revenir vers vous avec plus de détails sur nos actions et leurs motivations. Je commencerai également par une brève mise à jour sur nos réflexions concernant le conflit en Iran et ses conséquences sur nos perspectives d'investissement.

Le conflit Irannien

J'ai déjà partagé quelques réflexions initiales sur le conflit en Iran, où j'ai noté que ce conflit n'était pas une surprise car il avait été largement annoncé à l'avance par l'administration américaine, bien qu'il soit devenu clair depuis que tout le monde n'y prêtait pas attention. Bien que nous ayons été (et soyons toujours) prudents quant à l'émission de déclarations définitives sur l'évolution de ce conflit, notre scénario de référence à des fins d'investissement (partiellement éclairé par certains de nos conseillers) a été que cette campagne devrait durer plusieurs semaines avec pour objectifs :

  1. De détruire les capacités nucléaires de l'Iran afin que l'« oligarchie de sécurité cléricale » qui contrôle l'Iran soit incapable de développer des armes nucléaires et d'utiliser de telles armes pour détruire ses voisins.
  2. De détruire les capacités de missiles balistiques de l'Iran (et les chaînes d'approvisionnement) et de dégrader sévèrement les capacités militaires conventionnelles afin que l'oligarchie soit incapable d'infliger des dommages matériels aux pays voisins, tout en limitant ses capacités à fournir du matériel militaire tel que des drones et des missiles à d'autres États voyous.
  3. D'affaiblir et de dégrader sérieusement les capacités de leadership de l'oligarchie afin que son emprise sur l'Iran se relâche, réduisant ainsi sa capacité à continuer de déstabiliser le Moyen-Orient.

Nous n'avons rien vu qui modifie notre scénario de référence, et les faits suggèrent que les forces de défense américaines et israéliennes ont réussi à dégrader matériellement les capacités militaires du régime iranien, ses ressources en missiles balistiques, et à affaiblir significativement la direction de l'oligarchie. Certains témoignages indiquent également que cette opération, ainsi que celle de juillet dernier, ont matériellement dégradé les capacités nucléaires de l'Iran. Néanmoins, comme indiqué, nous formulons (avec une faible conviction) notre scénario de référence selon lequel le conflit pourrait durer encore quelques semaines, et nous restons vigilants quant à la nécessité de modifier notre point de vue si les circonstances l'exigent. Nous n'hésiterons pas non plus à procéder aux changements de portefeuille nécessaires en conséquence.

L'événement économique et boursier majeur a été la fermeture effective du détroit d'Ormuz par le régime iranien, avec une incapacité à le rouvrir jusqu'à présent. Les prix du gaz représentaient le risque le plus important pour les économies européennes, et le doublement des prix du gaz au cours du mois dernier a mis ce sujet au premier plan. La hausse des prix du pétrole est un facteur supplémentaire qui limitera la croissance, si elle se prolonge, mais l'aspect que nous avions sous-estimé est le préjudice causé par l'interruption du « flux de produits ».

Une quantité importante d'actifs de raffinage est bloquée derrière le point de passage critique du détroit d'Ormuz, et la pénurie de produits tels que le kérosène, l'hélium, les engrais, etc., aura des conséquences majeures, en particulier pour les pays asiatiques si la situation perdure. Plus le détroit d'Ormuz restera fermé, plus les risques pour la croissance économique mondiale et l'inflation seront élevés, l'Asie étant la plus touchée, suivie de l'Europe, et les États-Unis le moins (compte tenu de leur autosuffisance dans la plupart des domaines énergétiques).

Energie et resilience 

Ce sur quoi la flambée des prix du pétrole et du gaz, ainsi que celle des produits raffinés, devrait attirer l'attention des investisseurs et des décideurs politiques, c'est le manque de résilience, en particulier dans certains grands pays européens, où aucune leçon ne semble avoir été tirée de 2022. Dans le cas du Royaume-Uni, ne disposer que de quelques jours de réserve de stockage de gaz témoigne d'un échec politique, mais l'Europe dans son ensemble doit réfléchir beaucoup plus clairement à la sécurité énergétique, ainsi qu'aux coûts de l'énergie et de la résilience des chaînes d'approvisionnement pour les produits et matériaux clés. Tout cela souligne la nécessité continue d'un renforcement majeur des investissements dans les biens d'équipement et les matériaux qui sous-tendent les chaînes d'approvisionnement, la résilience énergétique et les capacités de défense. Cela exigera un profond changement de mentalité de la part des décideurs politiques, ce que les dirigeants d'Allemagne, d'Italie et de France semblent saisir, mais pas ceux du Royaume-Uni.

La performance du marché, la dispersion des titres et les gagnants et perdants de l'IA depuis le début de l'année

Bien qu'il s'agisse d'une courte période, nous notons que les marchés d'actions européennes ont fortement baissé du 1er au 9 mars (l'indice MSCI Europe a chuté de 6 %)[1] dans ce qui a semblé être un « débouclage de positions » (de-grossing / deleveraging) au sein du marché, très probablement mené par les fonds spéculatifs. Nous soulignons également que cela s'inscrit dans un contexte de forte performance lors des deux premiers mois de l'année — durant lesquels il y a eu une volatilité significative sur les marchés et une dispersion des titres comme détaillé ci-dessous : Jupiter European Select était légèrement en retard sur son indice de référence. Nous avons renforcé un certain nombre de positions qui ont lourdement chuté durant la semaine, notamment Arcelor Mittal, Kingspan, BBVA, Eurobank, Unicredit et Intesa SanPaolo. Nous avons racheté nos positions dans TotalEnergies et Shell, ce qui constitue un changement de cap.

Performance en février et depuis le début d’année 

La figure 1 ci-dessous présente la performance de cette année pour le fonds Jupiter European Select. Le fonds a surperformé son indice de référence en février ainsi que sur les deux premiers mois de l'année. Les actions européennes ont connu un début d'année solide, faisant suite à une fin d'année 2025 vigoureuse.

Figure 1: Performance, Jupiter European Select SICAV

 

1m

YTD

SFM (12.05.2025)

Rendement du fonds (Net)

4.65%

10.13%

19.78%

MSCI Europe NR EUR

4.05%

7.30%

17.84%

Performance vs Indice (bps)

+60

+283

+194

Les performances passées ne préjugent pas des rendements futurs. Source : Morningstar, Jupiter. Valeur liquidative à valeur liquidative (VL à VL), revenus bruts réinvestis, net de frais. Jupiter European Select D EUR Acc, au 28.02.26. SFM correspond à la période écoulée depuis l'arrivée du gestionnaire du fonds, le 12.05.25, date à laquelle Niall Gallagher a rejoint l'équipe. Jupiter. 

Performance
Jupiter European Select SICAV
Performance sur 12 mois glissants%

 

01 Mar 2016 - 28 Feb 2017

01 Mar 2017 - 28 Feb 2018

01 Mar 2018 - 28 Feb 2019

01 Mar 2019 - 28 Feb 2020

01 Mar 2020 - 28 Feb 2021

01 Mar 2021 - 28 Feb 2022

01 Mar 2022 - 28 Feb 2023

01 Mar 2023 - 28 Feb 2024

01 Mar 2024 - 28 Feb 2025

01 Mar 2025 - 28 Feb 2026

 

Jupiter European Select - D EUR ACC

 

 

3.7%

 

 

16.1%

 

 

6.1%

 

 

13.3%

 

 

9.9%

 

 

5.7%

 

 

0.7%

 

 

11.6%

 

 

2.4%

 

 

16.1%

 

 

MSCI Europe

 

 

14.7%

 

 

5.0%

 

 

1.3%

 

 

3.0%

 

 

8.9%

 

 

15.4%

 

 

4.8%

 

 

10.4%

 

 

15.7%

 

 

16.1%

 

Les performances passées ne préjugent pas des rendements futurs. Source : Morningstar, VL à VL, revenus bruts réinvestis, net de frais, Jupiter European Select D EUR Acc, au 28.02.26. Niall Gallagher a repris la gestion du fonds lorsqu'il a rejoint Jupiter le 12.05.25.

Gagnants et perdants de l'IA et dispersion des titres

Il y a quelques points qu'il convient d'approfondir. Premièrement, une thématique très forte et quasi « dominante » de « gagnants » et de « perdants » de l'IA a entraîné une large dispersion des titres sur le marché, bien que celle-ci soit restée étroite en termes de secteurs. Nos fonds ont bénéficié de cette dispersion thématique grâce à des positions importantes dans les bénéficiaires perçus de l'investissement lié à l'IA, tels que les valeurs de semi-conducteurs et d'équipements de production de semi-conducteurs qui profitent du déploiement des hyperscalers (ASM International, ASML et Infineon), ainsi que les équipements électriques qui fournissent le matériel destiné aux centres de données et aux réseaux électriques (Schneider, Prysmian et plus récemment Siemens Energy). Deuxièmement, nous détenions peu de titres parmi ceux qui ont été « matraqués » en raison de la perception qu'ils seraient les perdants de l'adoption de l'IA et de l'innovation qu'elle génère dans des domaines tels que les logiciels d'entreprise, les logiciels verticaux, les services B2B et la gestion de patrimoine. Nous possédons toutefois quelques participations dans des entreprises d'information comme LSEG et des gestionnaires de patrimoine tels que FinecoBank et St James's Place qui ont subi des ventes massives — par crainte que leurs « douves » (moats) ne soient brisées par de nouvelles startups axées sur l'IA — mais, globalement, nous détenions davantage de « gagnants de l'IA » perçus et étions relativement sous-pondérés sur les « perdants » ainsi désignés.

Un autre phénomène intéressant a été la solide performance des entreprises perçues comme n'étant ni gagnantes, ni perdantes de l'IA, mais simplement non affectées. Des titres comme KPN (télécoms), AB Inbev (bière) et certains noms de la pharma ont enregistré de bonnes performances pour cette raison — après tout, les gens boiront toujours de la bière dans un monde régi par l'IA — ce qui pourrait suggérer un certain niveau de confusion sur les marchés face à un comportement thématique aussi violent ; cependant, une telle surperformance peut être rationalisée si l'on estime que ces entreprises seront capables d'appliquer l'IA pour accroître leur efficacité et leurs marges de profit opérationnel.

Il est important de ne pas se laisser trop entraîner par le récit du marché, ni d'être trop réducteur : un certain nombre de titres dopés par leur statut de grands gagnants de l'IA ont d'autres facteurs de croissance (par exemple, l'électrification liée à la décarbonation), tandis que de nombreuses actions considérées comme des perdantes de l'IA recoupent des facteurs de « croissance de qualité » (quality growth) dont la valorisation baisse depuis un certain temps, et qui étaient simplement trop chères avant que le marché ne décide qu'elles étaient sur le point de perdre leurs avantages concurrentiels (par exemple, RELX).

Quelques réflexions complémentaires

L'année a été jusqu'à présent marquée par un marché porté par les thématiques : nous ne voulons pas sous-estimer le rythme des investissements en capital pour le déploiement des capacités d'IA, qui est sans précédent, ni le rythme probable de l'innovation et des ruptures, qui est à la fois profond, rapide et difficile à prévoir. Cependant, nous nous devons d'avoir un cadre pour structurer l'impact que le développement et le déploiement de l'IA pourraient avoir sur les entreprises et les secteurs, et nous devons également prêter attention à la valorisation, c'est-à-dire ce que le marché nous demande de payer pour les flux de trésorerie futurs. Quelques points :

1. La valorisation importe.  Je ne voudrais pas céder à mon passe-temps favori consistant à citer Warren Buffett, mais il n'y a qu'une quantité limitée de flux de trésorerie que nous pouvons retirer d'une entreprise au cours de sa vie ; il existe donc une valeur pour tout, basée sur ce que nous pensons que l'entreprise peut réaliser. Un exemple concret est ASML. Nous suivons ASML de manière intensive depuis 15 ans et avons été structurellement positifs sur le titre pendant presque toute cette période, en raison de son rôle dans le développement de l'informatique et du cloud, de la mémoire, de l'IA, etc., ainsi que de la compétition stratégique entre les États-Unis et la Chine et de la volonté de gagner la course au calcul/IA et d'être autosuffisant en semi-conducteurs. Nous avons vu l'action s'échanger à 50 fois les bénéfices et à 22 fois les bénéfices au cours d'une période où le marché était largement d'accord avec nous — c'est une fourchette assez large ! Dans les périodes où le marché s'emballe, il est logique d'alléger la position, et quand le marché vire au pessimisme, il est logique de l'augmenter. Il en va de même pour RELX (voir le point 2 ci-dessous) et j'y reviendrai plus en détail. Considérant que la valorisation importe, nous avons réduit nos positions dans ASML et ASM et sommes désormais sous-pondérés sur le secteur — nos perspectives sur les entreprises n'ont pas changé, il s'agit purement d'une décision de valorisation. Si les titres devaient refluer, nous rachèterions probablement nos positions, mais si la valorisation devait continuer de croître, nous réduirions probablement davantage nos positions.

Figure 2:  ASML Price/Earnings Multiple – FY1

chart 1 Past performance does not predict future returns. Source: Bloomberg as at 18.3.26

Figure 3: RELX Price/Earnings Multiple – FY1

chart 2 Past performance does not predict future returns. Source: Bloomberg as at 18.3.26

2.  Comment structurer le changement induit par l'IA.C'est peut-être la tâche la plus difficile à laquelle sont confrontés les investisseurs en actions à l'heure actuelle — et elle le restera probablement pendant longtemps. Compte tenu de la rapidité du changement et de la nature omniprésente de l'IA, nous ne voulons pas faire preuve de complaisance ni sous-estimer l'ampleur des bouleversements. Cependant, nous devons également reconnaître qu'il existe des acteurs au sein des marchés et des économies qui ont quelque chose à vendre ; ainsi, lorsque nous lisons des articles sur Substack nous expliquant que le monde va totalement changer d'ici 2028, nous devrions peut-être questionner les motivations de ces auteurs et, plus généralement, une partie du battage médiatique autour de ce sujet dans le contexte de certaines méga-introductions en bourse (IPO) à venir. Voici un cadre simple et une série de questions que nous nous posons lorsque nous réfléchissons aux opportunités ou aux risques liés à l'IA, en acceptant pleinement le fait que nous devrons continuellement affiner ces interrogations :

    a. L'IA stimule-t-elle directement la demande pour les produits et services de cette entreprise? C'est la partie la plus évidente et la plus simple de notre cadre d'analyse. Cela concerne les semi-conducteurs (Infineon) et les équipements de production (capex) de semi-conducteurs (ASML, ASM International) évoqués plus haut, ainsi que les entreprises fournissant les équipements électriques aux centres de données et aux réseaux électriques qui voient leur demande d'électricité augmenter sous l'effet de la croissance portée par l'IA. Mais nous pouvons extrapoler cela plus loin, aux matériaux de base nécessaires à la fabrication de ces équipements (cuivre, aluminium) ainsi qu'à certains composants de construction utilisés pour bâtir les centres de données (Kingspan), etc.

    bQuels sont les processus, et à quels coûts, que cette entreprise pourrait automatiser en remplaçant l'humain par du code grâce à l'IA? Les exemples les plus probants se trouvent au sein du système bancaire, et c'était d'ailleurs le sujet phare lors des présentations de résultats annuels des équipes de direction : l'octroi de prêts et la souscription de risques, la lutte contre le blanchiment d'argent et le KYC (Know Your Customer), ainsi que l'ouverture de comptes sont autant de domaines présentant un fort potentiel (théorique) d'automatisation.

Les banques les plus visionnaires développent également des fonctionnalités où l'IA accroît la productivité des employés, par exemple en aidant les gestionnaires de patrimoine et conseillers à élaborer des plans financiers plus rapidement, leur permettant ainsi de servir davantage de clients. Cependant, nous ne devons pas oublier que les banques sont des entités hautement réglementées par des normes prudentielles et de conduite des affaires ; elles ne peuvent progresser qu'au rythme autorisé par les régulateurs et les banques centrales.

De plus, l'Europe dispose de lois sur l'emploi strictes : si l'IA permet de supprimer des postes, il n'est pas certain que les employés libérés puissent faire l'objet de licenciements sans des implications financières très lourdes. Ainsi, la réduction des coûts reposera probablement sur la « pyramide des âges », avec une diminution progressive des effectifs au fur et à mesure que les travailleurs les plus âgés partent à la retraite. En approfondissant ce cadre de réflexion, on trouve de nombreuses autres entreprises et secteurs où les applications de l'IA peuvent aider à réaliser des économies de coûts et de capital. Par exemple, dans le cas des valeurs de consommation, l'IA pourrait aider à la prévision de la demande, à l'optimisation de la chaîne d'approvisionnement ainsi qu'à la réduction des coûts de marketing externe — un point abordé par la direction de Nestlé lors de récentes réunions.

    c. Pour les entreprises susceptibles d'être attaquées par l'IA — les « perdants de l'IA » — quels sont les remparts (moats) qui pourraient les protéger des startups nées de l'IA ? Les aspects clés sur lesquels nous nous concentrons ici sont : dans quelle mesure une entreprise possède des données propriétaires et irremplaçables ; dans quelle mesure ces données ont été enrichies d'une manière qui requiert un jugement d'expert qu'un modèle de langage (LLM) ne peut pas reproduire de façon acceptable (du moins pour l'instant) ; dans quelle mesure une réglementation contraignante encadre l'entreprise et ses processus ; et, enfin, dans quelle mesure une entreprise a intégré ses produits et services dans le flux de travail (workflow) de ses clients.

Ces trois aspects ne sont en aucun cas exhaustifs et d'autres cadres devront être définis, mais ce sont ceux qui nous semblent les plus importants pour le moment. Pour illustrer cela, je vais utiliser deux exemples concrets où nous avons effectué des modifications ou des ajouts au portefeuille :

   i. RELX.  Comme le montre la Figure 3, ce titre a subi une dévalorisation très importante, passant d'un ratio de plus de 30 fois les bénéfices à moins de 15 fois en l'espace d'un an. Il est toutefois essentiel de rappeler le point de départ : il s'agit d'une entreprise de qualité, affichant une croissance correcte et un caractère défensif historique. Cependant, sa valorisation était devenue excessive, l'action étant une sorte de figure de proue du facteur « croissance de qualité » (quality growth). Une partie de ce déclassement coïncide donc avec la forte correction subie par ce style d'investissement en 2025. Le marché a commencé à s'inquiéter progressivement des risques liés à l'IA pour RELX vers la fin de 2025 et le début de 2026, atteignant un paroxysme avec l'annonce, en février, de fonctionnalités complémentaires basées sur Claude pour le secteur juridique. En neuf mois, le titre a perdu la moitié de sa valeur sans que les prévisions de bénéfices ne soient modifiées. Pourtant, RELX correspond au profil d'une entreprise que nous jugeons peu susceptible d'être bousculée à court terme. Une grande partie du contenu de la division Risk est exclusive, constitue la norme du secteur et est exigée par la réglementation. Parallèlement, la division Legal détient des archives accumulées sur des décennies, voire des siècles, qui ne sont souvent pas disponibles publiquement sous forme numérique. Ce contenu est d'autant plus précieux qu'il est enrichi par des avis d'experts juridiques et profondément intégré dans les méthodes de travail des cabinets d'avocats. Pour ces derniers, le service ne représente pas un coût majeur mais il est absolument vital : aucun avocat ne prendrait le risque de se présenter au tribunal sans disposer des précédents juridiques les plus complets et à jour. La direction de RELX développe et applique l'IA depuis des années. Ils ont anticipé les conséquences pour leur industrie et ont pris soin de contrôler l'accès à leur contenu. Nous avons saisi l'opportunité de la chute du cours de l'action RELX pour initier une nouvelle position, car nous y voyons un potentiel de revalorisation significatif par rapport à sa valeur intrinsèque.

ii. LSEG.  i. Il s'agit d'un autre titre dont la valorisation a chuté au cours de l'année écoulée, principalement en raison de l'idée que de nouvelles startups de l'IA pourraient reproduire et remplacer certaines parties des activités de données de LSEG. Nous pensons que cela témoigne d'une mécompréhension fondamentale de l'offre de LSEG. Tout comme pour RELX, une grande partie des données est propriétaire et ne peut être reproduite. La nature même de l'utilisation de ces données exige une précision extraordinaire et une latence minimale dans leur fourniture. De plus, une part importante de ces données repose sur des fondements réglementaires et leur diffusion est profondément ancrée dans les flux de travail des clients d'une manière difficile à imiter. Au-delà de cette intégration opérationnelle, la collecte et la construction des ensembles de données nécessitent une connectivité en temps réel avec plus de 600 bourses, traitant de vastes quantités de données par seconde et s'appuyant sur une infrastructure considérable. À l'instar de RELX, la direction a mené une réflexion approfondie sur l'intégration de l'IA dans les processus métier et sur le contrôle de l'accès aux données. Nous ne considérons pas les modèles de langage (LLM) ni les nouvelles startups nées de l'IA comme des concurrents de LSEG, mais plutôt comme des clients et des canaux de distribution.

Nous avons racheté nos positions dans TotalEnergies et Shell. Nous avions vendu nos participations dans ces titres vers la fin de l'année 2025, craignant l'émergence d'un excédent de gaz sur la période 2026-2030 et redoutant que les prix du pétrole ne restent bas pendant un certain temps. Avec le recul, c'était une erreur : nous aurions dû reconnaître la « valeur d'option » que représentait l'éventualité de prix du pétrole et du gaz plus élevés que prévu.

Un dernier changement que je souhaite souligner est l'achat d'actions ArcelorMittal, qui ne s'inscrit manifestement pas dans une thématique liée à l'IA ! La logique d'achat de ce titre repose sur un changement fondamental du secteur et une inflexion de la rentabilité du capital investi (ROCE).

Pendant la majeure partie des 15 dernières années, ArcelorMittal a eu du mal à générer un ROCE supérieur à son coût du capital, ce qui excluait la société de notre univers d'investissement. Ce faible rendement n'était pas dû à une mauvaise gestion — c'est une entreprise très bien gérée — mais à l'inondation du marché européen de l'acier par des importations bon marché. Très souvent, ces importations n'étaient pas soumises aux mêmes contraintes croissantes en matière d'émissions de carbone que les producteurs européens. Elles bénéficiaient donc d'un avantage de coût significatif, gagnant des parts de marché et tirant vers le bas le prix de l'acier, ce qui réduisait à la fois les prix et le taux d'utilisation des capacités des sidérurgistes européens. Deux changements profonds sont désormais sur le point de modifier le profil du ROCE des producteurs d'acier européens :

  • Premièrement, l'application du Mécanisme d'Ajustement Carbone aux Frontières (MACF) depuis janvier 2026 ajoute le coût des émissions de carbone intégrées sous la forme d'une taxe carbone. Cette taxe est supportée par l'importateur, qui assume également le risque lié à toute erreur de calcul de ladite taxe.
  • Deuxièmement, la Commission européenne a annoncé l'application de droits de douane et de quotas sur l'acier importé, qui entreront en vigueur plus tard cette année. Bien que cela augmente le coût de l'acier pour les utilisateurs domestiques, c'est enfin la reconnaissance par les décideurs politiques de l'importance de maintenir une industrie sidérurgique — les chars et l'artillerie sont faits d'acier — démontrant une compréhension naissante de l'importance de la « résilience ». Nous ne voyons aucune reconnaissance de ce type au Royaume-Uni, et il est plausible que ce pays finisse par perdre définitivement les vestiges de son industrie sidérurgique.

Ces initiatives vont faire monter le prix de l'acier, évincer les importations et les remplacer par une offre domestique, augmentant ainsi le taux d'utilisation des capacités de production. Nous pensons que cela augmentera considérablement le ROCE d'ArcelorMittal au cours des prochaines années, ce qui n'est pas encore reflété dans le cours de l'action. 

Risques liés au fonds

  • Risque de change (FX) – Le fonds peut être exposé à différentes devises. Les fluctuations des taux de change peuvent entraîner une baisse ou une hausse de la valeur des investissements.
  • Risque lié à la couverture des classes de parts – Le processus de couverture des classes de parts peut entraîner une baisse de la valeur des investissements en raison des mouvements du marché, des ajustements de portefeuille et, dans des circonstances extrêmes, d'un défaut de la contrepartie fournissant le contrat de couverture.
  • Risque de prix – Les variations de prix des actifs financiers signifient que leur valeur peut baisser comme monter, ce risque étant généralement amplifié dans des conditions de marché plus volatiles.
  • Risque de concentration de marché (Région géographique/Pays) – Investir dans un pays ou une région géographique particulière peut entraîner une hausse ou une baisse de la valeur de cet investissement plus marquée par rapport à des investissements dont l'orientation est plus globale.
  • Risque lié aux produits dérivés – Le fonds peut utiliser des produits dérivés pour réduire les coûts et/ou le risque global de la stratégie (ce que l'on appelle également la « Gestion efficace de portefeuille » ou « EPM »). Les dérivés comportent un certain niveau de risque ; toutefois, dans le cadre de l'EPM, ils ne devraient pas augmenter le profil de risque global de la stratégie.
  • Risque de liquidité (général) – Dans des conditions de marché difficiles, il peut ne pas y avoir suffisamment d'investisseurs pour acheter et vendre certains investissements. Cela peut avoir un impact sur la valeur du fonds.
  • Risque de défaut de la contrepartie – Il s'agit du risque de pertes dues au défaut d'une contrepartie sur un contrat de produits dérivés ou d'un dépositaire chargé de la conservation des actifs du fonds.
The value of active minds: independent thinking

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