L’un des accords les plus importants de la COP 26 a été l’engagement de réduire fortement les émissions de méthane. Plus de 100 pays se sont associés à un effort mené par les États-Unis et l’Union européenne pour réduire de 30 % la production de ce gaz à effet de serre nocif d’ici à 2030, ce qui constituerait une étape importante dans la lutte contre le changement climatique.


L’engagement mondial sur le méthane concerne des pays représentant près de la moitié des émissions mondiales de méthane et 70 % de l’économie mondiale. Certains grands producteurs, dont la Russie, l’Inde et l’Iran, n’ont toutefois pas signé.

 

L’accent mis sur le méthane met en lumière les défis et les opportunités d’un problème de changement climatique souvent négligé. Les émissions de carbone sont plus répandues, mais le méthane, provenant principalement du pétrole et du gaz, du charbon et de l’agriculture, est un gaz à effet de serre plus puissant (il absorbe beaucoup plus de chaleur du soleil) et a contribué à environ un quart de l’augmentation des températures mondiales depuis la révolution industrielle.

 

Il est essentiel de réduire les émissions de méthane pour atteindre l’objectif de l’accord de Paris consistant à limiter le réchauffement de la planète à un maximum de 1,5 degré au-dessus des niveaux préindustriels. L’effet de réchauffement du méthane ayant une durée de vie plus courte que celui du dioxyde de carbone, la réduction de ses émissions aurait un effet immédiat. L’engagement n’est pas une solution miracle, mais il constitue un pas en avant pour relever ce défi majeur.

Plumes de méthane

La technologie a littéralement mis la question des émissions de méthane sur la carte. Jusqu’à récemment, les estimations techniques étaient la seule base pour la plupart des repères sur les niveaux de méthane. Les technologies satellitaires permettent désormais une surveillance en conditions réelles, avec des résultats inquiétants. L’automne dernier, les satellites de l’Agence spatiale européenne ont détecté d’énormes panaches de méthane s’échappant du gazoduc de Yamal, qui transporte du gaz naturel de la Sibérie vers l’Europe, rapporte Reuters.

Des chercheurs ont découvert que les fuites des infrastructures de l’industrie pétrolière et gazière sont responsables d’une plus grande quantité de méthane dans l’atmosphère qu’on ne le pensait auparavant. Un document de l’Agence internationale de l’énergie1 publié en septembre indique que les opérations en aval des producteurs d’énergie, qui comprennent la distribution, le raffinage et le stockage, génèrent 20 % de toutes les émissions de méthane. Il cite des chercheurs utilisant une caméra optique à gaz qui ont détecté des fuites de méthane sur 100 sites en Europe.

Aux États-Unis, ce chiffre est estimé à 30 %, ce qui a conduit le gouvernement américain à dévoiler un plan de réduction des émissions de méthane axé sur les producteurs de pétrole et de gaz. Cette réglementation entrerait en vigueur dès 2023 et viserait à réduire de 74 % par rapport aux niveaux de 2005 les émissions de méthane provenant des opérations pétrolières et gazières d’ici à 2035, selon l’Agence de protection de l’environnement.

Émissions totales de méthane et intensité de méthane de la production chez certains producteurs de pétrole et de gaz, 2020*.

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*Source : AIE, tous droits réservés. Données graphiques en date de nov. 2021

Pour mettre un terme à ces émissions, il faut prendre des mesures rigoureuses, comme la surveillance de longues infrastructures de pipelines et la réparation d’équipements dont l’accès est souvent difficile et coûteux. À l’heure où la transition énergétique est au centre de l’attention, nous considérons que cette série de développements contribue de manière importante à mettre en évidence un avantage souvent négligé d’une transition vers des sources d’énergie propres.

L’innovation au-delà des systèmes énergétiques

De la même manière que la technologie a permis de cerner les défis, nous considérons que la technologie et l’innovation sont essentielles pour les relever. Pour nous, en tant qu’investisseurs, l’ampleur des changements nécessaires pour inverser le réchauffement de la planète crée des opportunités significatives pour soutenir les entreprises de solutions environnementales, qui fournissent des produits et des services essentiels pour atteindre les objectifs de durabilité. Il est de plus en plus évident que ces solutions vont se répandre largement et toucher des secteurs de l’économie mondiale encore non concernés.

Le Global Methane Pledge a souligné l’importance de s’attaquer à toutes les sources de méthane, y compris l’agriculture. Pendant de nombreuses années, nous avons suivi les innovations visant à relever les défis climatiques dans ce secteur notoirement difficile à aborder. Dans un document préparé pour le WWF en 20092, par exemple, nous avons souligné que les émissions de méthane entérique, ou intestinal, des troupeaux de bovins et de vaches laitières pouvaient être réduites jusqu’à 15 % grâce à un nouvel additif alimentaire qui était alors encore en phase de développement en laboratoire, et nous l’avons inclus dans une trajectoire de réduction des émissions du secteur pour 2020 et au-delà.

Nous avons été encouragés par la commercialisation d’innovations visant directement à réduire l’impact environnemental des produits laitiers et de la viande rouge, tout en reconnaissant qu’elles ne sont qu’une partie d’un ensemble de solutions comprenant également un changement de régime alimentaire. Cet additif alimentaire a reçu l’approbation réglementaire pour être utilisé au Brésil – l’un des cinq plus grands pollueurs mondiaux de méthane et un signataire de l’engagement – et a une efficacité de 30 % pour les bovins laitiers, ce qui représente une augmentation par rapport à nos estimations initiales.

Il a été mis au point par le groupe néerlandais de nutrition DSM – une participation de longue date dans le portefeuille – qui a annoncé lors de la COP 26 qu’il allait augmenter considérablement la production de l’additif dans son usine en Écosse. Selon nous, il s’agit d’un autre exemple de la manière dont les solutions environnementales peuvent à la fois s’enhardir et bénéficier de la réglementation au fil du temps, offrant un paysage fertile pour la sélection d’actions à long terme.
1 https://www.iea.org/commentaries/the-case-for-regulating-downstream-methane-emissions-from-oil-and-gas
2 Strategies for Reducing the Climate Impacts of Red Meat/Dairy Consumption in the UK » 2009 Wallace, Jackson et al (WWF/Imperial).
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